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Anne Frank et le domaine public
Thu 08 October 2015 — download

Yet another blogpost in French, about the madness of our public domain legislation, about Anne Frank, and the duty of memory.

Anne Frank

"Mais je veux aller plus loin, je ne peux pas m'imaginer une vie comme celle de Maman, de Mme Van Pels et de toutes ces femmes qui font leur travail puis qu'on oublie, je dois avoir une chose à laquelle je peux me consacrer, en plus de mon mari et de mes enfants! Oui, je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien."

-- Anne Frank - Journal - 1942

« Je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien. Je veux être utile ou agréable aux gens qui vivent autour de moi et qui ne me connaissent pourtant pas, je veux continuer à vivre, même après ma mort ! »

-- Anne Frank - Journal - 1942

Anne Frank est morte du typhus au camp de concentration de Bergen-Belsen en 1945, à l'âge de 15 ans. Son journal aurait dû rejoindre le domaine public en janvier 2016.

Mais ça n'arrivera pas.

En effet, il semblerait que la version originale de son journal n'ait été publiée qu'en 1986, ce qui fait qu'il est soumis au régime des œuvres posthumes, et comme la publication a eu lieu avant la directive du 29 octobre 1993, il n'est donc pas protégé pour 70 ans après la mort de l'auteure, mais pour 50 ans après sa publication, soit 2036!

Encore plus triste, la fondation Anne Frank affirme que le père d'Anne, Otto Frank, mort en 1980, est co-auteur de l'œuvre. Il a en effet censuré et réarrangé une partie du journal avant de le faire publier. Une entrée dans le domaine public pour 2051. Pour rappel, la fondation Anne Frank a tenté de déposer le nom "Anne Frank", ainsi que "Le Journal d'Anne Frank", et se targue de lutter contre les négationnistes et révisionnistes de tout poil en interdisant à quiconque de s'approprier l'œuvre en empêchant son arrivée dans le domaine public.

Attendre plus d'un siècle pour s'approprier le journal d'une petite fille tuée parce qu'elle était juive, parce que l'avoir vendu à plus de 30 millions ne semble pas suffire à certains me semble déplacé. Je pense que c'est un livre important qui a déjà changé beaucoup de choses, et qui continue de le faire, en étant une des armes les plus efficaces contre le fascisme.

C'est pourquoi, solidaire d'Olivier Ertzscheid et de son très beau billet de blog (un miroir local est disponible ici au cas où.), que je rends disponible au téléchargement ledit Journal, dans deux éditions différentes :

  1. Le journal d'Anne Frank, en version non-censuré
  2. Le journal d'Anne Frank, en version censurée par son père

Je me permets également de reprendre son Nota-Bene:

Les versions diffusées ici le sont donc illégalement. Parce que je juge cette "illégalité" crapuleuse, et me tiens prêt à en assumer les conséquences. Je m'excuse en revanche auprès des traducteurs du journal d'Anne Franck, Ph. Noble et Isabelle Rosselin-Bobulesco, leurs droits d'auteur à eux, sont parfaitement justifiés mais diffuser la version néerlandaise originale n'aurait guère eu de sens.